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Alleen in het Frans

Au 18e siècle, construire ou transformer un lieu de culte ne relève pas d’une simple question technique. L’architecture y engage une véritable réflexion liturgique : elle traduit une certaine manière de célébrer l’eucharistie, d’organiser la relation entre le prêtre et les fidèles, et de faire apparaître l’Église dans l’espace. Comme les autres arts, elle devient ainsi un lieu de sens, où se lit la conception même du culte.

Derrière l’architecte, une constellation d’artisans

Si Laurent-Benoît Dewez conçoit l’abbatiale et en dirige le chantier, son projet n’existe réellement que par l’intervention d’un ensemble d’artisans spécialisés. À Bonne-Espérance, l’architecture ne fonctionne pas seule : elle s’accomplit dans le dialogue avec les menuisiers, sculpteurs, peintres, marbriers, ferronniers et orfèvres qui donnent au chœur sa cohérence visuelle et liturgique. Un édifice religieux ne se réduit pas à un plan ; il résulte d’une réflexion où l’architecture, la liturgie et les usages de la communauté se répondent.

Le chœur offre ici l’exemple le plus parlant de cette collaboration. Les stalles, le maître-autel, les statues, les décors peints, l’orfèvrerie et la ferronnerie composent un ensemble ordonné, pensé pour servir la célébration autant que pour manifester la dignité du lieu. Rien n’y est purement décoratif : chaque élément contribue à structurer l’espace, à guider le regard et à hiérarchiser les fonctions liturgiques, dans un esprit qui rejoint la réflexion sur l’architecture sacrée comme lieu théologique.

Autour de ce projet, les archives dont le livre de débours pour la construction de l’abbatiale, permettent d’identifier plusieurs intervenants : Nicolas Bonnet et Lelievre pour les stalles ; Joseph Fernande pour les statues du chœur ; Augustin Ollivier pour celles de la nef ; Jacques Joseph Lambiliotte pour les décors peints ; Montoyer pour le maître-autel ; Hubert Boreux, Lemaigre et Mantel pour la marbrerie ; Michel Dewez pour l’orfèvrerie ; Dutron père et fils et les frères Lebrun pour la ferronnerie ; enfin Ursmer Vandenbergen pour les trophées et vases sculptés de la clôture. Pris ensemble, ces noms dessinent un véritable réseau de création, où la réussite du chantier repose sur la complémentarité des métiers.

Un espace utile au culte

Ce réseau répond à une logique liturgique claire. Dans l’esprit du 18e siècle, il s’agit de construire ou d’aménager un espace qui ne soit pas seulement beau, mais utile au culte: visible, lisible, hiérarchisé, et adapté à la célébration communautaire. Le décor ne vient donc pas après l’architecture ; il en prolonge le sens. Il met en valeur l’autel, encadre le chœur, accompagne la fonction des stalles et inscrit la communauté prémontrée dans une liturgie solennelle, régulière et collective.

Un décor religieux est toujours une œuvre commune : derrière la signature de l’architecte se tient une constellation de savoir-faire sans lesquels l’espace sacré ne pourrait ni fonctionner, ni parler au fidèle.

[Déborah Lo Mauro]

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